La vie d’enseignant à statut précaire

Aujourd’hui, j’ai décidé de m’attaquer à un sujet quelque peu délicat: ma profession d’enseignant. Pourquoi est-ce que c’est délicat? Parce que je ne voudrais pas que personne n’interprète mal ce billet. Ce billet sera beaucoup plus long que la normale. Mais, il y a une tonne de choses à couvrir sur le sujet!

Donc, avant de commencer, je tiens à préciser deux choses. Premièrement, j’adore enseigner malgré les hauts et les bas qui viennent avec comme dans n’importe quel métier. Deuxièmement, je me trouve privilégié de pouvoir enseigner dans ma région natale pour la Commission scolaire des Phares. En aucun cas, par ce billet, je ne voudrais faire du tort à mon employeur et/ou à ma profession. C’est pourquoi je me dois de peser mes mots dans ce billet.

Pourquoi alors je désire écrire ce billet? Parce que je crois que plusieurs ne comprennent pas la situation dans laquelle les nouveaux enseignants sont placés à leur arrivé sur le « marché ». C’est pourquoi je veux tenter de démystifier un peu tout ça.

J’ai terminé mon baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire en avril 2008. Dès février de cette même année, j’ai commencé à travailler comme enseignant-suppléant. J’ai rapidement compris dans quoi je m’étais embarqué. Être suppléant signifie bien souvent se faire réveiller par le téléphone à 6h le matin pour être en classe dès 8h et souvent dans des villages pouvant être à 45 minutes de route de chez moi.  Bien sur, je pourrais choisir de restreindre mon territoire, mais je me couperais des occasions de travailler. Arrivés à l’école, nous devons rapidement nous familiariser avec des procédures et des règles de vie propres à chaque école. Aussi, chaque enseignant à sa façon bien à lui d’enseigner, de planifier ses journées. Arrivent ensuite les élèves. Une vingtaine de nouveaux visages qui, en plus de se demander pourquoi leur enseignant n’est pas présent, se demandent comment tu vas réagir à leurs comportements. J’ai beau faire 6″3 et être assez costaud, les enfants vont tout de même « s’essayer », c’est dans la nature même d’un enfant de connaitre les limites de l’adulte. La journée passe, les élèves et le suppléant apprennent à se connaitre et déjà, la journée tire à sa fin… et c’est le moment de recommencer le tout avec une nouvelle école, de nouveaux collègues, de nouveaux élèves dès le lendemain!

Mais, ce n’est pas tout ce que doit « affronter » un enseignant à statut précaire. L’objectif ultime demeure d’obtenir une permanence ce qui nous permet d’avoir, entre autres, comme plusieurs personnes dans la société québécoise aiment si bien nous le rappeler, nos 2 mois de vacances payés en été… Tant que ce statut d’enseignant permanent (ou à temps plein) n’est pas atteint, saviez-vous que l’on doit recourir à l’assurance-emploi durant l’été et souvent plus longtemps pour subvenir à nos besoins? Dans mon cas, je continue de travailler comme serveur dans un restaurant durant la saison estivale puisque je ne sais jamais quand les contrats vont venir.

Ça m’amène à vous parler du côté enseignant-contractuel. Pour accéder à cette fameuse permanence, nous devons tout d’abord obtenir 3 contrats en 4 ans qui nous permettent de voir notre nom sur la liste de priorité pour ces permanences. Ces contrats sont offerts en début d’année lors du « traditionnel bingo » où les contrats disponibles sont donnés selon l’ordre de la liste de priorité. Ensuite, les contrats sont donnés en cours d’année, toujours selon cette liste de priorité, lorsque des enseignants « tombent au combat » que ce soit pour toutes les raisons pensables.

On peut dire qu’être enseignant à statut précaire, c’est une « waiting game »… D’année en année, le nombre de nouveaux enseignants permanents varie selon le nombre de retraite, d’ouverture ou de fermeture de classe. Par chez moi, je m’attends patienter entre 7 et 10 ans à partir de la fin de mon baccalauréat avant d’obtenir ma permanence, si tout va bien! Ce nombre varie évidemment d’une commission scolaire à l’autre. J’aurais pu aller dans le coin de Montréal et surement couper quelques années pour obtenir cette permanence, mais je préfère trop ma qualité de vie ici dans le Bas-du-Fleuve.

Donc, ce n’est guère encourageant de savoir que pendant près de 10 ans en début de carrière, nous serons barouettés d’un bord à l’autre que ce soit en suppléance ou à contrat. Les médias font beaucoup état que près de 20% des nouveaux diplômés en éducation abandonnent la profession enseignante dans les 5 premières années de leur carrière. De mon côté, je suis dans les privilégiés qui ont réussi à faire ces fameux 3 contrats dans les 3 premières années suivant la fin de mes études. Beaucoup de mes amis diplômés n’ont pas eu cette chance.

Est-ce qu’il y a des solutions à tout cela? Je n’en sais trop… Je crois que l’important est de savoir dans quoi on s’embarque avant de commencer. Bien sur, il y a certaines journées où je me demande pourquoi j’ai choisi cette profession… Mais, lorsque je me retrouve dans une classe, avec une vingtaine d’élèves qui vont apprendre et devenir de bons citoyens (en tout cas je l’espère), grâce à moi, je me dis que tout cela fait du sens!

Sur cette photo, l’école De la Rivière à Ste-Angèle-de-Mérici où j’ai enseigné en 1ère et 2e année de janvier à juin 2011.

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7 réflexions sur “La vie d’enseignant à statut précaire

  1. Excellent billet mon Frank, je me suis posé les mêmes questions il y a déjà 12 ans. Mon avenir est à Rimouski avec la famille et les amis ou bien l’aventure et repartir à zéro……J’ai choisi l’aventure mais surtout $$$$$.La qualité de vie était également un très grand questionnement mais 12 ans plus tard et malgré le 35 minutes de voiture le matin et le soir….J’ai choisi la saison de golf d’Avril à Octobre , ma piscine à 85 sans chauffe-eau et l’hiver presque inexistant ainsi que les 2 mois payés!!!
    N.B.Je ne suis payé pour le mois de Juillet et Août, c’est un montant retenu sur les 10 autres mois qui est redistribué en ÉTÉ….Merci et bonne chance avec votre futur petit !!

  2. Bon billet! Je voulais rectifier quelque chose mais je vois que Christian l’a déjà fait. Les deux mois de vacances d’été ne sont pas payés. C’est notre salaire de 10 mois qui est réparti sur 12 mois.

    Merci!

  3. Mon mari, après 13 années dans l’enseignement, a déménagé dans le Bas-Saint-Laurent. (Qui prend femme, prend pays). Il a donc recommencé en bas de l’échelle. Il a eu ses 3 contrats, puis un 4e, puis un 5e,… Contrats toujours décernés à la fin du mois d’août, parfois plus tard, quand l’année est commencée. Ça aide la stabilité familiale ça! Une permanence? Pas beaucoup d’ouverture à l’horizon. Certains enseignants ont pris leur retraite dans son champ mais aucune permanence ne s’est ouverte. Ce ne sont pas des conditions de travail très motivantes.

  4. oui, c’est dans cette école qu’on s’est connu, qu’on a eu bien du plaisir et un enseignant comme toi, il devrait y en avoir un dans toutes les écoles ;-))))) tu mets de la vie partout ou tu passes xx

  5. Je me plais à dire, puisque précaire depuis maintenant 9 ans, que mes vacances d’été (qui sont bien sûr non payées), il s’agit en fait de temps accumulé puisque je travaille beaucoup plus que les heures que l’on me paie. Vue de cette façon, c’est beaucoup moins décourageant…

  6. faut être motivé d’après ce que je lis pour faire ce métier! c’est dommage que toute ces conditions gâche un peu ce si beau métier qui est d’instruire nos bambins heureusement qu’il y a encore des bons prof motivé!!

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